vendredi 18 novembre 2011

L’incident de la taverne Booth

À l’occasion de l’exposition sur les Patriotes de 1837-1838 tenue à la Maison André-Lamarre, qui vient tout juste de prendre fin, M. Jacques Lacoste, de Saint-Hubert, nous a fait part des ses recherches au sujet d’un point qui était resté obscur jusqu’ici, à savoir l’emplacement de la « Booth’s tavern » où eut lieu une escarmouche, entre Longueuil et Chambly.

Rappelons d’abord brièvement les faits : vendredi le 17 novembre 1837, un groupe de Patriotes libère deux prisonniers que les troupes anglaises ramenaient  à Montréal : c’est à cette occasion que sont tirés les premiers coups de feu de 1837.
Dès le lendemain, soit le samedi 18 novembre, les autorités envoient vers Chambly une troupe composée de 4 compagnies d’infanterie, soit au moins 300 hommes, ainsi qu’un détachement d’artillerie avec deux pièces de campagne, et une vingtaine de cavaliers, le tout sous les ordres du lieutenant-colonel Wetherall. Ils sont accompagnés de l’assistant-sheriff, M. Duchesnay, et des magistrats S. Bellingham  et P. E. Leclerc.
Après avoir examiné les lieux de l’incident de la veille, ils poursuivent leur route vers Chambly.

Voici la suite des évènements, telle que décrite dans le rapport que fera Bellingham dès le lendemain :

Environ quatre milles avant Chambly, nous vîmes plusieurs hommes armés à cheval, sur un chemin de concession. Pourchassés, ils se réfu- gièrent dans un bois voisin, d’où ils furent délo- gés, et deux des membres du groupe, les dé- nommés Mongeau père et fils, furent fait pri- sonniers les armes à la main. Le soussigné ne doute pas que ce groupe a tiré sur nos troupes.

Nous fumes informés de façon crédible qu’un gros groupe, d’au moins une centaine d’hommes armés, s’était rassemblés près de la taver- ne de Booth dans le but de s’opposer aux trou- pes, mais qu’ils s’étaient dispersés en voyant ces dernières avancer de façon si assurée, de telle sorte que seulement quatre d’entre eux y demeurèrent et furent fait prisonniers les armes
à la main.

Robert Christie, l’auteur de “A history of the late province of Lower Canada etc...”, publié en 1853, donne une version légèrement différente :

En arrivant à la taverne de Booth, non loin de Chambly, un groupe d’une centaine de personnes fut aperçu, embusqués de l’autre côté du pont; mais ils s’enfuirent si vite, à l’approche des troupes, que seulement quatre d’entre eux furent capturés. Notre groupe atteignit Chambly peu après le coucher du soleil. … Les deux magistrats et le shériff adjoint retournèrent en ville le samedi même. Les troupes … demeurèrent à Chambly.

En fait, l’objectif de l’expédition était à la fois d’enquêter sur les incidents de la veille, et de stationner des troupes à Chambly en prévision de la suite des choses. Et il n’est même pas sûr qu’il y ait eu des coups de feu de tirés à la Booth’s Tavern. En tout cas, Bellingham n’en fait aucune mention, alors que dans le cas des Mongeau, il y fait explicitement référence. Et ces précisions sont probablement données pour justifier l’arrestation des sept personnes détenues à Chambly.

Mais qui était ce Booth, et où se trouvait donc cette « Booth’s tavern » ? M. Lacoste, après de patientes recherches, a réussi à en préciser l’emplacement.

Ansel Booth et son épouse Belloson T. Fuller arrivent des États-Unis vers 1826. Il a environ 33 ans et sa femme en a 16. Le 10 octobre 1826, devant le notaire Joseph Demers, Ansel Booth loue un emplacement borné au devant par la Petite Rivière Montréal (aujourd’hui la rivière L’Acadie), au derrière par une décharge qui passe à environ deux arpents de la Rivière, joignant d’un côté au chemin de Longueuil, et de l’autre par un nommé Provost et partie par Alexandre Rochon, avec une maison de trente pieds sur vingt-huit garnie de châssis vitrés en bon état, portes, contrevents, planchers haut et bas, que le preneur remettra à la fin du présent bail dans le même état qu’il la recevra. Il reçoit aussi une grange en bon état, ainsi qu’une étable, un hangar, une remise, une soue à cochons avec deux auges que le dit preneur recevra en bon état qu’il entretiendra et remettra en bon état à la fin du présent bail pour 5 années, jusqu’en 1831.

On apprendra par le contrat de vente de 1856 que Ansel Booth est finalement devenu propriétaire entre 1846 et 1852. Mais entre temps, le 16 mai 1841, le notaire Basile Larocque procède à la répartition des coûts de réparation du pont des 40 sur le ruisseau Macé, et Ansel Booth est nommé pour la circonstance sous-voyer de la paroisse St-Joseph de Chambly, et est chargé avec 8 autres personnes de la surveillance des travaux. Et le notaire inclut dans l’acte le schéma reproduit à la page suivante.
La gravure ci haut, qui illustre ces évènements, a été faite par Henri Julien, et a été publiée dans « The Montreal Star » le 21 janvier 1888. Elle fait partie d’une série de gravures et de textes publiés à partir du 28 septembre 1887, à l’occasion du cinquantième anniversaire des évènements. La taverne était alors disparue depuis une trentaine d’années.


textes : Société d’histoire de Longueuil

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